Partir pour quelques mois sur les routes devient parfois une vie entière. Pour ce couple australien, le voyage commencé en 1996 n’a pas seulement résisté aux pannes, aux frontières et aux kilomètres. Il les a menés dans chaque pays reconnu par les Nations unies, avec la même moto au fil des décennies.
Le détail le plus frappant n’est pas seulement la carte couverte. C’est cette machine, chargée de bagages et de souvenirs, qui a continué d’avancer quand tant de grands voyages s’arrêtent bien avant le premier continent.
Pourquoi un tel périple dépasse largement le simple voyage à moto
Une traversée mondiale à moto évoque souvent une route panoramique, un col de montagne ou une longue piste désertique. Mais visiter 193 pays ne consiste pas à relier quelques destinations célèbres. Il faut gérer des milliers de démarches, des réglementations changeantes et des conditions de circulation parfois opposées.
Le premier défi est administratif. Un passeport, un visa et un permis de conduire ne suffisent pas toujours. Selon les frontières, les voyageurs doivent présenter une assurance locale, un carnet de passage en douane, une autorisation temporaire d’importation ou des documents relatifs au véhicule.
Le deuxième défi est mécanique. Une moto de grand tourisme peut parcourir de très longues distances, mais aucun véhicule n’est à l’abri d’une chaîne usée, d’un pneu crevé, d’une batterie fatiguée ou d’un problème électrique. Plus le voyage dure, plus l’entretien préventif devient essentiel.
Enfin, il y a la géographie. Une moto ne roule pas sur les océans. Le transport maritime ou aérien s’impose donc entre certains continents et pour atteindre les États insulaires. C’est précisément ce mélange de route, de logistique et de persévérance qui donne toute sa mesure à leur aventure. Et la monture choisie explique beaucoup de leur histoire.
La même Harley-Davidson, devenue le fil rouge de 193 pays
La moto au cœur de ce voyage est une Harley-Davidson, utilisée dès le départ en 1996 et conservée jusqu’à l’objectif final. Ce choix est remarquable, car une Harley est souvent associée aux grands itinéraires américains, comme la Route 66 ou les routes de l’Ouest. Ici, elle est devenue un véhicule de traversée planétaire.
Le nombre de 193 renvoie aux 193 États membres de l’Organisation des Nations unies. Il ne correspond donc pas à tous les territoires du monde, ni à toutes les entités politiques possibles. Cette précision compte, car les listes de « pays » varient selon qu’elles incluent des États observateurs, des territoires autonomes ou des régions à statut disputé.
Garder la même moto pendant près de trois décennies transforme l’engin en véritable témoin matériel du voyage. Elle a nécessairement connu des révisions, des remplacements de pièces d’usure et des réparations. Pneus, plaquettes de frein, huiles, filtres, roulements et batterie ont une durée de vie limitée. Conserver « la même moto » signifie conserver le même véhicule et son identité, pas rouler éternellement avec chaque pièce d’origine.
Ce choix crée aussi une continuité rare. Chaque réparation réussie évite de rompre le lien avec le projet initial. Chaque passage de frontière ajoute une trace à une machine qui n’est plus seulement un moyen de transport. Mais pour aller si loin, l’attachement ne remplace jamais une méthode rigoureuse.
Comment organiser un tour du monde à moto sur plusieurs années
Un voyage de cette ampleur ne se prépare pas comme des vacances de deux semaines. Il faut construire un système souple, capable de fonctionner dans un garage australien comme dans un atelier de quartier à l’autre bout du monde. Voici les bases concrètes d’une préparation durable.
- Préparez les documents du véhicule : emportez l’original et des copies du certificat d’immatriculation, de l’assurance et du permis. Vérifiez les règles d’importation temporaire avant chaque entrée dans un pays.
- Constituez une trousse mécanique : prévoyez au minimum des clés adaptées à la moto, un manomètre, un kit de réparation tubeless ou des chambres à air selon les roues, des fusibles, du ruban isolant et des serre-câbles.
- Planifiez l’entretien : notez les échéances de vidange, de contrôle des freins, de tension de courroie ou de chaîne, et d’usure des pneus. Un carnet papier reste utile sans réseau mobile.
- Répartissez les bagages : placez les outils et les éléments lourds au plus bas. Gardez imperméable, eau, pharmacie et papiers dans des compartiments immédiatement accessibles.
- Anticipez les traversées maritimes : demandez des devis à plusieurs transitaires. Photographiez la moto avant son embarquement et retirez les objets de valeur des valises.
- Définissez une région plutôt qu’un calendrier rigide. Dans un voyage long, les délais de visa, la météo et l’état des routes imposent souvent des changements de plan.
- Faites contrôler la moto avant chaque grande zone isolée. Déserts, routes de montagne et régions peu peuplées exigent des pneus sains et un système de refroidissement fiable.
- Réservez une marge financière. Le transport d’une moto entre deux continents peut coûter davantage que plusieurs semaines de carburant et d’hébergement.
- Ralentissez lorsque les conditions l’exigent. La sécurité dépend plus de l’état réel de la route que du programme prévu.
Cette discipline permet de préserver à la fois la machine et l’énergie du voyageur. Pourtant, certains pays demandent une organisation encore plus spécifique.
Frontières, îles et zones reculées : les obstacles invisibles
Les grandes routes ne sont pas toujours le principal problème. Certaines destinations sont difficiles d’accès parce qu’elles sont insulaires, éloignées des lignes maritimes ou soumises à des procédures d’entrée strictes. Dans ces cas, le trajet dépend moins de la conduite que de la logistique.
| Situation | Préparation utile | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Frontière terrestre | Visa, assurance, copies des documents | Horaires du poste-frontière et règles d’importation du véhicule |
| Transport maritime | Transitaire, arrimage, inventaire photographié | Délais portuaires et frais de manutention |
| Transport aérien | Réservoir presque vide selon les règles du transporteur | Dimensions, poids et batteries |
| Région isolée | Eau, carburant, cartes hors ligne, outils | Absence de réseau et disponibilité des pièces |
Le carburant demande aussi une attention constante. Les indices d’octane, les appellations locales et la disponibilité du sans-plomb diffèrent selon les pays. Une moto moderne peut être sensible à une essence de mauvaise qualité, tandis qu’un filtre à carburant propre peut éviter bien des difficultés.
Pour un couple, la répartition des rôles devient un avantage concret. L’un peut surveiller les documents et les réservations pendant que l’autre vérifie la moto, le chargement ou l’itinéraire. Cette organisation réduit la fatigue mentale, qui est souvent plus dangereuse que le manque d’expérience technique.
Il reste toutefois une nuance importante : atteindre tous les pays n’est pas synonyme de tout parcourir dans chaque pays.
Ce que signifie réellement « traverser les 193 pays »
Visiter un pays peut signifier y entrer légalement, y séjourner et y parcourir une portion de territoire. Cela ne veut pas dire explorer chaque région, ni rouler d’une frontière à l’autre. Pour les voyageurs au long cours, l’objectif doit donc être défini avant le départ.
La confusion la plus fréquente concerne les listes de pays. Les 193 États membres de l’ONU constituent une référence claire, mais certaines personnes ajoutent le Vatican et la Palestine, qui disposent d’un statut d’État observateur à l’ONU. D’autres ajoutent encore des territoires ou des États à reconnaissance limitée.
Autre erreur : croire qu’une moto suffit à tout résoudre. Les périodes de tension politique, les fermetures de frontières, les conflits ou les catastrophes naturelles peuvent imposer de reporter une étape. Dans un projet de plusieurs années, la patience est une compétence aussi utile qu’une clé de 13.
La leçon la plus concrète tient peut-être là : ne cherchez pas à reproduire une liste spectaculaire. Choisissez une première frontière, entretenez soigneusement votre moto et laissez le voyage prendre de l’ampleur. Une aventure durable commence souvent par un trajet très simple, mené avec constance.



